Gunnar Sonsteby, résistant norvégien le plus décoré de la Seconde Guerre mondiale, fait l’objet de plusieurs représentations au cinéma et dans les livres. Le film Nr. 24 sorti en 2024 sur Netflix a remis son parcours en lumière, mais cette figure apparaissait déjà dans des productions antérieures et dans une autobiographie traduite en plusieurs langues. Comment ces œuvres racontent-elles le même homme, et que choisissent-elles de montrer ou d’omettre ?
Sonsteby dans le film Max Manus et dans Nr. 24 : deux rôles, deux récits
Avant le biopic Nr. 24, Gunnar Sonsteby figurait déjà au cinéma dans le film norvégien Max Manus sorti en 2008. Dans ce long-métrage consacré au saboteur Max Manus, Sonsteby occupe un rôle secondaire. Le récit se concentre sur Manus comme figure centrale de la résistance à Oslo, et Sonsteby n’y apparaît que dans les épisodes où leurs parcours se croisent.
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En revanche, Nr. 24 place Sonsteby au centre du récit. Le film retrace son engagement depuis ses premières observations de l’occupation nazie jusqu’à son leadership du groupe connu sous le nom d’Oslo Gang. Le spectateur suit son quotidien clandestin, ses déplacements dans la montagne enneigée, ses opérations de sabotage.
| Critère | Max Manus (2008) | Nr. 24 (2024) |
|---|---|---|
| Rôle de Sonsteby | Personnage secondaire | Personnage principal |
| Axe narratif | Parcours de Max Manus | Parcours de Gunnar Sonsteby |
| Période couverte | Guerre et résistance armée | De l’engagement initial aux conférences d’après-guerre |
| Diffusion principale | Salles de cinéma en Norvège | Netflix (diffusion mondiale) |
| Ton général | Film d’action et de guerre | Drame historique, plus intimiste |

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Cette différence de positionnement narratif modifie profondément la perception du personnage. Dans Max Manus, Sonsteby est un allié fiable parmi d’autres. Dans Nr. 24, il porte seul la tension dramatique, ce qui oblige le scénario à explorer ses doutes, ses choix tactiques et ses relations personnelles.
Autobiographie de Sonsteby : le récit à la première personne face aux adaptations
Gunnar Sonsteby a lui-même raconté son parcours dans une autobiographie publiée sous le titre Report from No. 24. Ce texte constitue la source primaire de la plupart des adaptations. Le titre du film Nr. 24 reprend directement le nom de code que Sonsteby utilisait pendant la guerre.
L’autobiographie adopte un ton factuel, presque opérationnel. Sonsteby y décrit ses missions, les réseaux de résistance norvégienne, les risques quotidiens. Le registre reste celui du rapport, comme le titre l’indique. Les adaptations cinématographiques ajoutent une dimension émotionnelle absente du texte original.
- L’autobiographie détaille les méthodes de sabotage et la logistique clandestine avec une précision technique que les films condensent ou simplifient pour le rythme narratif.
- Les scènes de tension personnelle (relations familiales, peur, isolement) sont développées dans Nr. 24 alors qu’elles restent à peine esquissées dans le livre.
- Le livre couvre l’après-guerre de façon brève, tandis que le film choisit de montrer Sonsteby lors de conférences publiques, créant un contraste entre le clandestin et l’homme public.
Le passage du récit écrit au récit filmé transforme un témoignage en spectacle. Cette transformation n’est pas neutre : elle impose des choix de dramatisation qui éloignent parfois la représentation du vécu tel que Sonsteby l’a consigné.
La statue au vélo à Oslo : une représentation publique qui fige un instant précis
En dehors du cinéma et des livres, Sonsteby est représenté par une statue installée dans le centre d’Oslo, qui le montre avec son vélo. Cette sculpture renvoie à un moment fondateur de son engagement : celui où, apercevant un bataillon nazi marchant vers le Parlement norvégien, il aurait décidé de rejoindre la résistance.
Cette iconographie publique fonctionne différemment des récits filmés ou écrits. Elle fige un instant unique, sans narration, sans contexte temporel étendu. Le passant qui découvre la statue ne voit qu’un homme à vélo, sans connaître nécessairement l’histoire qui se cache derrière.

La statue participe à la mémoire collective norvégienne d’une manière que ni le cinéma ni le livre ne peuvent reproduire : elle est permanente, accessible sans médiation, et intégrée au paysage urbain quotidien. Elle transforme un résistant en repère géographique.
Réception critique du film Nr. 24 sur Netflix : entre histoire et format classique
Les critiques spectateurs disponibles sur des plateformes francophones révèlent une réception partagée. Plusieurs commentaires saluent la restitution historique et la découverte d’un pan méconnu de la résistance norvégienne. Le film est régulièrement qualifié de « bien réalisé pour les amateurs du genre guerre et résistance ».
En revanche, certains spectateurs pointent un format jugé classique, proche du téléfilm par sa réalisation. L’impression de « déjà vu » revient dans plusieurs avis, notamment chez ceux qui connaissent les codes du film de guerre. La mise en scène sobre divise entre authenticité assumée et manque d’ambition visuelle.
- Les avis positifs insistent sur la valeur documentaire : le film fait découvrir Gunnar Sonsteby et la résistance norvégienne à un public international grâce à la diffusion Netflix.
- Les réserves portent sur le rythme narratif et une réalisation perçue comme conventionnelle, sans prise de risque formelle.
- La comparaison avec Max Manus, plus orienté action, revient chez les spectateurs norvégiens qui connaissent les deux films.
La diffusion mondiale via Netflix a donné au personnage de Sonsteby une visibilité qu’aucune publication ou sortie en salle locale n’avait atteinte. Le mot-clé « numéro 24 Netflix » a généré un intérêt significatif dans les recherches francophones début 2025, signe que la plateforme de streaming a joué un rôle de catalyseur mémoriel pour cette figure historique.
Les représentations de Gunnar Sonsteby varient selon le médium : témoignage brut dans l’autobiographie, personnage secondaire dans Max Manus, héros central dans Nr. 24, silhouette figée dans la statue d’Oslo. Chaque format impose ses contraintes et ses partis pris. Le film de 2024 reste, à ce jour, la porte d’entrée la plus accessible pour un public non norvégien, même si le livre offre une lecture plus fidèle à la voix du résistant lui-même.

