Interdiction des diesels Euro 6 : quel impact sur l’avenir de la mobilité ?

Interdire n’est pas toujours synonyme de progrès, mais depuis le 1er janvier 2023, la France a décidé de jouer la carte de la fermeté. Plusieurs métropoles ont enclenché une série de restrictions qui visent désormais les diesels, même ceux affichant le label Euro 6. Ce n’est qu’un début : dès 2025, la pression va monter d’un cran dans les grandes agglomérations, avec un calendrier qui se resserre et des marges de manœuvre qui disparaissent pour les véhicules les plus polluants.

Diesel utilitaire en France : où en est-on aujourd’hui ?

Le diesel utilitaire reste un pilier du secteur automobile français. Sur le terrain, difficile d’ignorer l’omniprésence des fourgonnettes, camionnettes et pick-up roulant au gazole.

  • La majorité des véhicules utilitaires légers en circulation dans l’Hexagone continuent de fonctionner au diesel.

Les chiffres sont éloquents : près de 75 % du parc utilitaire léger en France carbure toujours au diesel, toutes générations confondues. Ce choix s’explique par leur capacité à avaler les kilomètres sans broncher, une robustesse appréciée des professionnels, une consommation raisonnable, mais aussi par des coûts d’achat et d’entretien qui rassurent encore beaucoup de gestionnaires de flotte.

Mais le vent tourne. Aujourd’hui, la vignette Crit’Air s’est imposée comme le sésame ou le couperet pour circuler en ville. Les modèles Euro 6, mis sur le marché après 2014, décrochent la vignette Crit’Air 2 : un ticket d’entrée encore valable dans la plupart des métropoles. Pourtant, la réglementation évolue rapidement. Très bientôt, ces véhicules risquent d’être recalés, au nom de la lutte contre la pollution de l’air et la chasse aux émissions de gaz à effet de serre.

Face à ce basculement, les constructeurs historiques, Peugeot, Renault, Volkswagen, Fiat, accélèrent leur mutation. Plus question de miser tout sur le diesel : électriques et hybrides s’imposent peu à peu dans les catalogues. Les artisans, les PME et les gestionnaires de flotte font face à un choix cornélien : rester sur le diesel Crit’Air 2 pour quelques années encore, basculer sur l’hybride, ou sauter le pas du zéro émission. La transition s’annonce rude, suspendue entre arbitrages économiques, contraintes de logistique et menace de nouvelles restrictions.

Interdiction des diesels Euro 6 : quelles échéances et quelles villes concernées ?

Le puzzle des interdictions commence à se poser clairement, à mesure que les zones à faibles émissions (ZFE) s’étendent. Paris a ouvert la voie en durcissant depuis 2023 les règles pour les véhicules Crit’Air 4 et 5. Mais les diesels Euro 6, aujourd’hui encore tolérés avec leur Crit’Air 2, voient leur horizon se rétrécir. La mairie de Paris a annoncé l’interdiction de tous les diesels à l’horizon 2024 dans le Grand Paris, même si la mise en œuvre a été décalée à 2025 sous la pression des professionnels et de l’opinion publique.

Un peu partout, le tempo s’accélère. Lyon, Grenoble, Marseille, Strasbourg, Montpellier, Toulouse, Rouen : toutes ces métropoles déploient leur propre calendrier. Le but est limpide : limiter, puis bannir progressivement les diesels Crit’Air 2 entre 2025 et 2030, pour laisser le champ libre aux véhicules à faibles ou zéro émissions. Les dates varient selon les villes, mais la dynamique reste la même : restreindre l’accès aux centres urbains.

Voici ce que prévoient les principales agglomérations :

  • Paris Grand Paris : la fin des diesels Crit’Air 2 est programmée pour 2025.
  • Lyon : calendrier accéléré, avec une interdiction qui démarre dès 2026.
  • Marseille, Toulouse, Strasbourg : des restrictions qui s’étalent entre 2026 et 2030.

D’autres agglomérations se préparent à suivre le mouvement. La liste des villes concernées ne cesse de s’allonger, augmentant la pression sur les utilisateurs de véhicules diesel. Les échéances avancent, la tolérance s’effrite. Les premiers à écoper seront les professionnels, avant que la règle ne s’applique à tous les automobilistes. L’urbanisme change de visage, et il faudra s’y adapter, sous peine de voir sa mobilité sérieusement entravée.

Entre alternatives et choix d’achat : comment préparer l’avenir de votre flotte ?

Pour les gestionnaires de flotte, le défi est inédit : il faut conjuguer mobilité professionnelle et adaptation à un parc de véhicules moins polluants. L’exclusion programmée des diesels Euro 6 dans les ZFE bouleverse tous les repères. Chaque achat, chaque renouvellement de véhicule doit désormais intégrer la variable réglementaire, et son impact sur la rentabilité à long terme.

Des solutions émergent. Le marché du véhicule électrique et des hybrides rechargeables prend de la vigueur. Les constructeurs enrichissent leur gamme : Peugeot, Renault, Volkswagen, Fiat, tous proposent désormais des utilitaires zéro émission pensés pour la ville. Mais malgré cette offre qui s’étoffe, il reste des freins : prix d’achat plus élevé, disponibilité inégale des bornes de recharge, autonomie parfois jugée insuffisante pour certains métiers.

Pour accompagner ce virage, plusieurs grandes villes, Paris, Lyon, Reims notamment, ont mis en place des aides à l’achat et à la conversion. L’assurance auto, de son côté, revoit ses grilles tarifaires en faveur des véhicules qui n’émettent plus de CO2. Avant de renouveler votre flotte, il devient indispensable de comparer ces leviers, d’anticiper les restrictions, et de suivre de près la classification Crit’Air de chaque véhicule, sous peine d’être pris de court.

Pour réussir ce tournant, certaines mesures s’imposent :

  • Choisir des modèles conformes aux normes faibles émissions pour ne pas risquer l’immobilisation forcée.
  • Intégrer les nouvelles contraintes dans les conditions générales d’utilisation et dans les contrats d’assurance.
  • Surveiller de près les évolutions réglementaires, en particulier dans les métropoles pionnières.

Les flottes se métamorphosent, la mobilité professionnelle s’apprête à changer de cap. L’adaptation ne sera pas facultative : elle s’impose, portée par la santé publique et l’évolution rapide des politiques urbaines. Le diesel, longtemps roi de la route, cède peu à peu la place à un nouveau modèle de mobilité. Reste à savoir qui saura saisir la bonne vague, et qui restera sur le quai.

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